Rémi

08/09/2026

Interview d'Hanour, Coordinatrice Éducatrice spécialisée en psychiatrie


Arrivée du Cameroun sans réseau et avec de nombreuses interrogations sur son avenir professionnel, Hanour a trouvé à l’EPIDE de Brétigny-sur-Orge un accompagnement déterminant pour construire son projet. Grâce au soutien des équipes, elle a pu faire reconnaître ses diplômes, intégrer une formation d’éducatrice spécialisée et évoluer jusqu’à devenir aujourd’hui Coordinatrice Éducatrice spécialisée en psychiatrie. Elle revient sur son parcours, les enseignements tirés de son passage à l’EPIDE et les conseils qu’elle souhaite transmettre aux futurs volontaires.

Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?

Je m'appelle Hanour. Je suis arrivée en France après avoir vécu au Cameroun, où j'avais obtenu une maîtrise en psychologie clinique et psychopathologie. En arrivant, je me suis retrouvée dans une situation assez compliquée, car je ne connaissais personne, je n'avais pas de réseau et je ne savais pas comment construire mon projet professionnel dans ce nouveau pays.

En faisant des recherches sur Internet, je suis tombée sur l'EPIDE. J'ai décidé de postuler. Au départ, cela n'a pas été simple, car l'EPIDE accueille principalement des jeunes ayant un niveau allant jusqu'au baccalauréat. Mon parcours universitaire était donc atypique. Malgré cela, les équipes ont accepté de m'accompagner dans mon projet.

J'y suis restée huit mois. Pendant cette période, j'ai pu construire mon projet professionnel autour d'un objectif clair qui était de devenir éducatrice spécialisée. Avec l'aide de ma conseillère en réinsertion professionnelle et sociale, j'ai préparé mon dossier de candidature pour intégrer une école spécialisée, dans laquelle j'ai finalement été acceptée.

L'EPIDE m'a également accompagnée dans la reconnaissance administrative de mes diplômes obtenus au Cameroun. Cette démarche a été essentielle puisqu'elle m'a permis d'obtenir un allègement d'une année de formation. Au lieu de suivre trois années d'études, j'ai pu obtenir mon diplôme d'éducatrice spécialisée en seulement deux ans. J'ai été diplômée en juillet 2024.

Ma formation s'est déroulée en apprentissage. À son issue, j'ai rapidement trouvé un emploi. J'ai ensuite exercé dans plusieurs structures. D'abord auprès d'enfants âgés de 6 à 11 ans à Nice, puis au sein du Groupe Hospitalier Universitaire à Paris. Aujourd'hui, j'occupe un poste de Coordinatrice Éducatrice spécialisée en psychiatrie.

En quoi consiste votre métier aujourd'hui ?

Aujourd'hui, je suis responsable d'une équipe spécialisée dans la gestion de la désescalade des crises en psychiatrie.

Depuis plusieurs années, les pratiques évoluent afin de limiter autant que possible le recours à l'isolement ou à la contention des patients. Notre rôle est justement d'intervenir avant que les situations ne dégénèrent. Nous accompagnons les équipes et les patients afin d'apaiser les tensions, gérer les frustrations et éviter que les crises ne nécessitent des mesures plus contraignantes.

Concrètement, nous intervenons de manière très humaine dans le parcours de soins. Nous cherchons à désamorcer les situations difficiles en privilégiant le dialogue, l'écoute et l'accompagnement plutôt que des réponses uniquement sécuritaires.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage à l'EPIDE ?

Le souvenir le plus marquant reste avant tout l'accompagnement humain. J'ai ressenti un véritable soutien de la part des équipes encadrantes. Les cadres étaient présents, disponibles et investis dans notre réussite. C'est vraiment cet accompagnement personnalisé qui m'a le plus marquée.

Au-delà de cet aspect humain, je retiens également la discipline qui existait au sein de l'établissement. Elle fait partie intégrante du fonctionnement de l'EPIDE.

L'autre point fort de l'EPIDE reste l'accompagnement quotidien et administratif dans la recherche de stage ou d'emploi, la construction du CV ou encore la définition du projet professionnel.

Quelles compétences avez-vous développées grâce à l'EPIDE ?

Je dirais avant tout les compétences sociales. À mon arrivée, j'étais quelqu'un de très timide. Le fonctionnement de l'EPIDE repose sur la vie collective. Nous passons plusieurs mois avec les mêmes volontaires, nous réalisons les activités ensemble et nous apprenons à fonctionner en groupe.

Cette organisation permet naturellement de créer des liens, de s'ouvrir davantage aux autres et de développer la confiance en soi. Les activités collectives m'ont permis de prendre plus facilement la parole, de gagner en assurance et de mieux interagir avec les autres. Finalement, au fil des mois, le groupe devient presque une seconde famille.

Comment l'EPIDE vous a-t-il accompagnée dans votre insertion professionnelle ?

L'EPIDE m'a énormément aidée dans la construction de mon projet professionnel. Les équipes m'ont accompagnée pour intégrer mon école de formation, préparer mes candidatures et rechercher un contrat d'apprentissage. Lorsque mon contrat à l'EPIDE s'est terminé, je n'avais pas encore trouvé cette alternance. J'ai donc poursuivi mes recherches seule jusqu'à décrocher cette opportunité.

L'aide administrative a également été déterminante. Sans la reconnaissance officielle de mes diplômes étrangers, je n'aurais pas bénéficié de cette année de formation en moins. Cela a eu un impact considérable sur mon parcours.

En revanche, concernant la recherche d'emploi après ma sortie, j'ai principalement avancé seule. Une plateforme mettant en relation les jeunes avec des professionnels existait également. L'idée était excellente puisqu'elle devait permettre de solliciter un réseau pour trouver un stage ou un emploi. Malheureusement, dans mon expérience, beaucoup de professionnels inscrits répondaient peu ou pas du tout aux sollicitations.

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours après l'EPIDE ?

La transition entre les études et la vie professionnelle m'a particulièrement marquée. Même si j'étais déjà en apprentissage, l'obtention du diplôme et la prise de mon premier poste ont constitué un véritable changement. Je me suis sentie un peu perdue face aux nouvelles responsabilités.

On apprend un métier, mais on ne nous prépare pas toujours à entrer pleinement dans la vie d'adulte (gérer un emploi, concilier vie professionnelle et vie personnelle, prendre des décisions importantes...) Tout cela s'apprend progressivement.

Pour trouver ma place, j'ai fait plusieurs choix professionnels. Je suis partie travailler à Nice avant de revenir à Paris. Chaque changement m'a permis d'apprendre davantage sur moi-même.

Aujourd'hui encore, je pense être en recherche de mon chemin. J'espère qu'un jour j'aurai trouvé exactement ce qui me correspond, mais je crois aussi que nous sommes constamment amenés à évoluer.

Je suis quelqu'un qui a besoin d'être stimulée. La routine ne me convient pas. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'envisage déjà de reprendre des études et, à plus long terme, de travailler dans le secteur de l'humanitaire.

Quel conseil donneriez-vous aux volontaires qui rejoignent aujourd'hui l'EPIDE ?

Je leur conseillerais avant tout d'entrer à l'EPIDE avec un objectif précis. Il est important de savoir pourquoi on est là et de tout mettre en œuvre pour atteindre cet objectif. Beaucoup de jeunes peuvent se laisser distraire par leur entourage ou perdent de vue leur projet professionnel.

La discipline est essentielle, mais elle doit aussi venir de soi. L'EPIDE donne un cadre, mais chacun doit avoir la volonté personnelle de s'investir pleinement.

Avez-vous une anecdote qui vous a particulièrement marquée ?

Oui, un souvenir reste très présent, j'ai appris à faire du roller à l'EPIDE !

Cela peut sembler anodin, mais c'est un excellent souvenir. Nous avions des activités sportives organisées plusieurs fois par semaine. Comme je ne savais absolument pas faire de roller, je me suis inscrite.

Le cadre qui nous accompagnait a fait preuve d'une grande pédagogie. Il a pris le temps de m'apprendre progressivement, avec beaucoup de patience et de bienveillance.

Aujourd'hui, même si je n'en pratique plus, je sais faire du roller grâce à cette expérience. C'est un souvenir qui représente bien l'esprit de l'EPIDE, apprendre, progresser et prendre confiance en soi grâce à un accompagnement humain.

Rémi

08/09/2026