Arnaud FIMAT

15/11/2024

Sujanitha témoigne : "Profitez de toutes les opportunités que l'EPIDE propose"


Arrivée en France il y a quatre ans, Sujanitha Subothan a su faire preuve de persévérance pour surmonter les défis liés à sa nouvelle vie. Elle raconte son parcours, depuis ses débuts en formation linguistique jusqu’à son poste actuel chez Auchan. Avec franchise, elle partage ses défis, sa résilience face aux préjugés et l’impact de l’EPIDE dans son intégration. Un témoignage sincère d’une jeune femme déterminée à s’épanouir en France.

Je vous laisse vous présenter, qui vous êtes et ce que vous faites actuellement.

Bonjour, je m'appelle Sujanitha Subothan, j'ai 24 ans et je suis originaire du Sri Lanka. Je vis en France depuis 2020, cela fait donc maintenant quatre ans que je suis ici. À mon arrivée, j'ai suivi une formation en langue française pour m'adapter à mon nouvel environnement. Actuellement, je travaille dans un hypermarché Auchan à Strasbourg, où je suis en poste en tant que chargée de caisse et polyvalente.

Quand vous êtes arrivée en France, vous avez directement intégré un centre EPIDE ?

Non, mon parcours m’a d’abord conduite à rejoindre mon père en France dans le cadre d’un regroupement familial ; il vivait ici depuis treize ans. Ma première étape a été d’apprendre le français à travers une formation dédiée aux étrangers nouvellement arrivés, proposée par l'Office de l'immigration. Ensuite, lors d'une consultation avec un conseiller de mission locale, celui-ci m'a orientée vers le centre EPIDE. J'ai accepté cette suggestion et j'ai donc rejoint l'EPIDE.

Et donc aujourd'hui, vous travaillez à Strasbourg, pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre métier au quotidien ?

En effet, je travaille à Strasbourg chez Auchan, où j'ai d'abord suivi une formation en contrat de professionnalisation. Ce fut une formation CQP en commerce et en polyvalence d’équipe, qui a duré six mois. Durant cette période, j’ai été formée aux différentes fonctions du magasin, en couvrant presque tous les postes possibles, du rayon à la caisse. À la fin de cette formation, on m’a proposé un CDI, que j’ai accepté avec enthousiasme.

Aujourd'hui, je travaille dans la station-service du magasin, où mes responsabilités sont multiples : je gère les commandes et le choix des prix des carburants, effectue chaque mois les inventaires, et vends également des produits comme les bouteilles de gaz et le GPL. En plus de mes tâches actuelles, je vais bientôt intégrer la caisse centrale (CAE) pour de nouvelles missions.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce que j'apprécie avant tout dans mon travail, c'est la relation clientèle. La communication avec les clients est un aspect essentiel de mes journées et, de manière générale, les clients sont très aimables, ce qui rend les échanges agréables. J’aime particulièrement discuter avec les gens et cela ajoute un aspect humain à mon quotidien.

J'imagine que c'est une qualité qu'il faut avoir, d'être un bon communicant. Mais est-ce qu'il y en a d'autres pour faire ce métier ?

Absolument. Dans mon métier, la communication est essentielle, mais il faut aussi aimer les calculs mathématiques et les tâches administratives, car cela fait partie de nos responsabilités. La vigilance est également primordiale : dans l'environnement de la station-service, il faut être attentif, car certains clients peuvent parfois tenter de voler. Et enfin, la patience est cruciale, surtout avec des clients qui peuvent être malpolis ou insultants. Dans ces situations, il est important de rester calme et de répondre de manière posée et respectueuse.

Est-ce que c'est ça la plus grosse difficulté que vous rencontrez dans votre métier ?

La difficulté principale reste en effet de faire face à certains clients. Parfois, des clients jugent mon accent et ma façon de parler, ce qui peut être blessant. Parfois, on se sent jugé simplement parce que l’on n'a pas un accent français « parfait » et que l'on est perçu comme différent. Les gens ne réalisent pas toujours le parcours personnel et les défis que nous avons surmontés. Cela peut être difficile à gérer émotionnellement, et il m’arrive de pleurer après des journées particulièrement difficiles, même si j’essaie de ne pas trop y penser.

Pouvez-vous me rappeler tout votre parcours scolaire, y compris celui que vous avez suivi au Sri Lanka ?

Au Sri Lanka, j'ai terminé mes études secondaires et obtenu la certification nécessaire pour entrer à l'université. Cependant, en raison de la situation politique et de la pandémie, mes études ont été interrompues, et j'ai eu l'opportunité de rejoindre mon père en France. Une fois arrivée, j'ai tenté de m'inscrire dans un lycée ou une formation, mais en raison de mon âge (20 ans), cela n’a pas été possible. J’ai donc dû me tourner vers des formations pour adultes, d'abord pour apprendre le français, puis pour trouver une orientation professionnelle.

Donc, c'est grâce à l'EPIDE que vous avez trouvé votre formation et votre contrat pro ?

Oui, à l’EPIDE, j'ai eu beaucoup de soutien, notamment de la CIP de ma section, qui m'a proposé plusieurs formations et opportunités. Elle a su comprendre ma situation et m’accompagner dans mes démarches. Grâce à ses conseils, j'ai pu trouver et signer mon premier contrat de professionnalisation, ce qui a marqué le début de ma vie professionnelle en France.

Pour conclure, auriez-vous un message pour votre centre EPIDE ?

Je dirais que l’EPIDE offre beaucoup d'opportunités, et il ne faut jamais les sous-estimer. On y apprend beaucoup de choses, même si parfois on peut ne pas voir l’utilité immédiate de certaines activités ou certifications. Quand je pense à mon parcours au Sri Lanka, je me rends compte à quel point l’EPIDE est une chance incroyable : des certifications en natation, en informatique, le code de la route, et bien plus. Au Sri Lanka, ces possibilités n’existent pas de la même manière ; ici, même si on n'a pas suivi un parcours scolaire classique, on a des options pour réussir. Donc, mon conseil pour tous est de profiter des opportunités.

Arnaud FIMAT

15/11/2024